29 septembre 2008
[23] Déprime et nouilles chinoises.
Voilà presque deux semaines depuis mon retour de Sicile. Je me suis trompée sur l'estimation de mon temps de réadaptation. Deux semaines, ça n'est pas suffisant.
J'ai revu du monde, mais la plupart du temps, je l'ai passé seule dans ma chambre à regarder des films. Je n'aime pas sortir, parce-qu'au fond, ce qui me dérange le plus dans la France, ce sont les français. Je m'éternise dans mon lit.
Je cuisine beaucoup, et par conséquent, je mange beaucoup. Ma tendance est aux nouilles chinoises, préparées au wok, ou en soupe à 52 centimes d'euros. Et je mange, pour satisfaire ma "zone de la récompense", et faire réduire mon état de déprime. C'est efficace, mais sur les courtes durées... Deux heures après, en plein stade de digestion, je pense déjà à ce que je vais bien pouvoir cuisiner pour le repas suivant. Les tomates françaises sont dégueulasses, pas de goût. L'assaisonnement n'y change rien. Et résultat, je déprime même en mangeant.
Depuis quelque temps, on abuse du micro et de la webcam entre l'appart' français et la Casa Gallida sicilienne. J'y vois mes bébés chats qui ne sont plus mes bébés, le salon, et biensur Mum et tout le monde.
Le bruit du centre ville m'abrutie. Les voitures, les klaxons, les gens qui hurlent et la musique le dimanche. Ecouter le silence, quel pied, mais ça aussi c'est impossible.
17h55, Dad vient de m'appeler d'Orly.. Il revient de Sicile après quelques jours.
Rien de bien palpitant. En fait, je profite de cet article pour mettre les photos qui manquent au botin que j'ai écrit juste avant.
Album (trop, et pas assez) récapitulatif. Désordre complet.
Excursion sur l'Etna. Une partie de mes françaises et moi.


Le théatre avant Lorin Maazel
Souvenir d'un dîner à la sicilienne:
Mes fauves, Neko, le dernier câlin...


La troupe, malheureusement, je n'ai pas de photo de toutes mes rencontres...


Gorges de l'Alcantare (avec une spéciale JeanMimi: Mon cul sur internet!)



Un morceau de paradis



Je suis amoureuse de ce pays.
.art[23].end.
19 septembre 2008
[22] La Francia: StaMinchia!
Après environ deux mois d'absence, me voilà de retour sur ce blog...
C'est à mon grand désespoir, car généralement quand j'écris, c'est que je n'ai rien à faire. Et après plus de deux mois au paradis, ne rien avoir à faire, c'est désespérant! (il y a comme un écho..).
Intro foireuse: c’est fait!
Maintenant, ne vous attendez pas à ce que je vous résume tout ce que j'ai pu faire pendant mes quelques 2mois et 2semaines en Sicile. Ne vous attendez pas non plus à des repères chronologiques précis, car j'y avais perdu toute notion du temps. Et enfin, ne vous attendez pas à un ton joyeux, car me remémorer ces souvenirs pour écrire cet article, c'est de la simple torture.
Je ne m'étonnerais pas si cet article au final est un pavé gigantesque et quasi incompréhensible. Quoi qu'il en soit, il ne pourra même pas traduire une miette des émotions que j'ai vécues, mais suffit déjà à me remplir les yeux de larmes.
Je me suis attardé sur facebook parce que jamais je n'ai réussi à écrire plus de deux lignes pour ce blog, que chaque fois, je ne tardais pas à effacer.
Ca ne me ressemble pas d'avoir quelque chose sur le coeur qui soit de l'ordre des beaux sentiments! Généralement c'est un coup de gueule, un coup de stress, un coup de cynisme, et emballé, c'est pesé! Là, j'ai du mal. Ressentir, c'est ma spécialité, tout ce qui touche les sens, j'en abuse. Le franc-parler, je sais faire; le bien-parler, non. J'ai eu l'occasion d'entendre parler des gens chez qui traduire ce que tout le monde ressent est inné. Maintenant que j'aimerais faire de même, toutes mes pensées se bousculent, et pondre une phrase correcte est un effort cérébral épuisant… ( Évitez les blagues sur les blondes, surtout que je sais que le soleil ne m'a pas arrangé...).
Je n'ai pas passé autant de temps que je me l'imaginais dans la piscine. Au contraire. Quasiment pas même. Le mois de juillet, j’ai été plutôt seule. Non. Plutôt solitaire. Je passais mes journées complètes à la plage, sans jamais m’en lasser. Mum et moi rapportons les trois chatons à la maison. Je prend goût à être leur mère de substitution.
La famille et les amis allaient et venaient dans les deux dernières semaines, je n’aimais pas trop être avec du monde. J’en perd vite l’habitude. J’appréhendais le mois suivant, qui prévoyait d’être trois fois plus peuplé…
Certains arrivent, d’autres s’en vont, et moi je ne prévois pas de m’en aller de sitôt.
Mois d’août, c’est l’arrivée des filles des amis de la famille. J’ai peur de ne pas m’entendre avec. Je suis méfiante même, mais c’est une belle connerie. Explosion de bonne humeur et d’un humour qui me plait. Ces françaises font du bruit sur la plage. On fait la connaissance d’un groupe de siciliens et d’italiens. On les revoit tous les jours sur la plage, puis ils nous font découvrir la Sicile de nuit, leurs endroits favoris, leurs amis… On prend un rythme de folie, et on devient inséparables. Je me rend compte que je ne connais pas la Sicile après tout ce temps. Mon amour naissant pour le pays ne fait que s’accroître. Sans s’en rendre compte, chacune de nous progresse en italien, on s’accoude sur l’anglais, et l’on se chamaille en français. Un mélange épuisant, mais délirant. A force, je ne tiens plus en place. Moi qui, le mois précédant, ne supportais pas le monde, je ne supporte plus d’être seule.
Je lis « Geisha », de Arthur Golden. Je vais avec Mum au théâtre antique de Taormina, voir jouer Beethoven par Lorin Maazel. Je suis transportée. Mes chats grandissent, sont en bonne santé, et câlins comme je ne pensais pas que ça pouvait exister. De vraies machines à ronronner qui viennent tous les jours me réclamer de longs câlins. Et elles viennent dans mon cou téter un tissu noir&blanc, et frotter leurs têtes contre ma joue, et me miauler d’amour dans les oreilles entre deux ronrons intenssifs.
Puis, le groupe commence à se réduire. Les adieux sont difficiles, et se font assez régulièrement. Ceux qui restent s’accrochent. On continue à sortir, mais c’est différent.
Plus le temps passe, plus on s’adore. C’est différent, mais que c’est bien ! A présent je suis la seule française qui comprend l’italien. Je fais office de traductrice. L’immersion dans le pays est grandissante, fascinante. Je me prend de tendresse pour ces nouvelles amitiés, qu’elles soient françaises ou italiennes… Et ça nous prend au ventre : toutes les belles choses ont une fin.
La France me hante, je ne veux pas rentrer. Je passe ma première soirée seule avec les siciliens, pendant que les filles sont a Taormina. On y regarde Into The Wild, réalisé par Sean Penn d’après le livre de Jon Krakauer, qu’aujourd’hui je suis en train de lire.
Puis les jours passent et le dernier jour de mes française à mes côtés se rapproche… On se promet déjà de se revoir une fois en France, mais au fond, on refuse d’admettre que bientôt tout cela sera fini. La nostalgie prend le dessus, ces derniers jours sont magnifiques, mais déjà tristes.
Mes françaises passent pas la maison avant de se rendre à l’aéroport de Catania. Elles m’accrochent autour du poignet un bracelet de toutes les couleurs qu’elles et notre sicilien portaient tous. L’heure des adieux, les voitures s’éloignent. Et là, je pleure. Moi qui ne pleure jamais, je n’arrive pas à me calmer. Elles me manquent déjà. Dès que mes yeux se posent sur le bracelet, c’est repartit. A présent je suis seule parmi nos amis siciliens. Je suis déboussolée, voire complètement larguée. Ils doivent reprendre leurs révisions en vue d’un examen. Je ne les vois plus autant. A là maison, je n’ai même pas envie d’aller dans la piscine. Je reste dans le canapé, avec mes chats dans le cou. Je les retrouve à la plage.
Je lis « La fascination du pire » de Florian Zeller. Un personnage y dit quelque chose qui me marque : « C’est un peu con, mais c’est comme ça. Je suis nostalgique de ce pays avant même de l’avoir quitté. ».
Dans le groupe, je fais de nouvelles rencontres. Les sorties reprennent avec un rythme bien plus soutenu. C’est l’immersion totale. La plupart du temps je suis silencieuse, je les écoute. Je suis perdue, étrangement j’ai de plus en plus de mal à comprendre et à parler. Je les aime. J’aime la Sicile comme jamais. Je découvre la vie étudiante, et une nouvelle animation nocturne dont je suis amoureuse.
Les vacances sont terminées pour tous, et pourtant je ne veux pas rentrer. Ils me couvrent sans arrêt de compliments, et j’en reste muette, je ne m’attendais pas à autant d’affection. Puis, d’autres s’en vont, les adieux reprennent.
Dad’, Papy et moi allons aux gorges Alcantara, en passant par Castiglione di Sicilia. J’ai le musique du parrain de la tête.
Je ne m’ennuie jamais. Ils me disent que je fais partie de ces gens qui sourient tout le temps, même s’ils voient bien à quel point je suis triste. J’ai pris mon billet de retour pour la France, Le 15 septembre. Et seule, je pleurs. Quand je suis avec eux, je suis silencieuse, et sans m’en rendre compte, pensive. Si bien que chaque fois j’entends mon favoris me demander de ne pas être triste. Toutes les belles choses ont une fin. Mes vacances finissent, mais la vraie vie reprend, à Paris ; Tandis qu’eux, ils restent là, dans un pays où rien ne se passe.
Deux jours avant mon départ, très bel après-midi à Taormina avec Mum’, fini sur un orage gigantesque et des grêlons de la taille de glaçons !
Le lendemain, journée d’orage. On regarde Le Parrain. Je réalise que lorsque Apollonia est tuée dans l’explosion de la voiture, c’est à un endroit devant lequel je passais tous les jours pour aller à la plage… j’obtiens la confirmation sur internet. C’est le Castello degli Schiavi à Fiumefreddo. Ce soir là, mon dernier soir, le groupe à réduit. La soirée est belle, tranquille. Adieux difficiles, ils me manquent déjà, mais je ne pleurs pas. Même plus tard dans mon lit. Je suis heureuse de les connaître.
Au réveil, j’entend encore leurs voix. Mes chats me font un long câlin plein de tendresse, le dernier.
Je prend l’avion avec Mamy Simone. J’ai « Bridge Over Troubled Water » de Simon & Garfunkel dans la tête pendant tout le voyage. Mon sicilien favori me l’avait dédicacée les derniers jours…
Arrivée à Charles de Gaulle. Il fait froid. Entendre parler français me dérange. J’aide une vieille femme sicilienne seule à s’en sortir. Les siciliens me manquent. Baguages ; voiture ; Paris ; Argenteuil. Arrivée en bas de l’immeuble, j’éclate en sanglots.
Et tout l’après-midi je n’ai pas pu m’arrêter. Je ne me réjouissais de rien. J’ai essayer de caresser le chat de ma sœur, qui s’est aussitôt mise à gronder, ce qui m’a fait pleurer d’avantage. Un verre le soir me fait changer les idées.
Le lendemain, départ pour Grenoble en TGV pour raccompagner Mamy-Simone. Soirée avec la famille que je n’avais pas vu depuis deux ans. Retour le jour suivant, avant hier. J’achète Into The Wild avant d’entrer dans le train. Le paysage défile, il fait froid, mais la France est belle. A l’appartement, je complète mon dossier pour l’école, que j’ai déposé hier. J’écoute des français, qu’ils sont mal aimables, comme ils se plaignent de tout.
Puis j’ai regardé « Le Cinquième Elément », qui à décroché Dad’ de son boulot, puis restaurant japonais.
Et nous voilà. Je fait tomber des larmes sur le clavier. Le bracelet autour de mon poignet s’est un peu délavé. Le museau noir et rose de mon chat sicilien fait mon fond d’écran de téléphone, et me fait haïr le chat de delph, qui m’a déjà griffé et mordu à plusieurs reprises.
Mum me manque, la maison me manque, la Sicile me manque, les siciliens me manquent.
Je passerais le nouvel an en Sicile, et je vais bientôt revoir Mes Françaises.
J’estime à deux semaines mon temps de réadaptation à la France.
Ma réaction paraît peut-être démesurée, je sais que je ne suis pas à plaindre, mais ça me fou un coup de poing énorme que d’avoir quitté ce paradis.
J’aime particulièrement une chanson depuis quelques temps. C’est « I am a Rock », de Simon and Garfunkel. Elle dit :
« If I never loved I never would have cried.
I am a rock,
I am an island. »
Je crois ne jamais avoir autant aimé, ce qui expliquerait pourquoi je pleure autant. En attendant de redevenir le ‘Rock’ que j’étais, je me ferais tatouer la Trinacria, symbole de la Sicile que je styliserais. Et que cela plaise, ou non !
art[22]. end.